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Réaliste

Sacha Distel : hommage à Django

A la fin des années cinquante, le jazz n'est plus aussi populaire et ne nourrit plus guère son homme. Vers 1957-1958, Sacha songe de plus en plus à la chanson bien qu'il garde encore un pied dans le jazz. De son côté, Bobby Jaspar, rentré des USA (il y a passé deux ans) pour se ressourcer, retrouve ses anciens partenaires et, à la tête d'un All Stars presque reconstitué (René Urtreger est au piano, mais la contrebasse est tenue alternativement par Paul Rovère ou par Benoît Quersin tandis qu'Al Levitt est à la batterie), enregistre un 45 tours (Bill Byers est aussi de la partie au trombone mais également comme compositeur et comme arrangeur) puis un 33 tours (France-USA) mémorables et particulièrement réussis

Avec de nouveau la complicité de Bill Byers, Sacha Distel grave pour Versailles son premier disque en tant que chanteur. Celui-ci ne marche pas très fort mais Maurice Tézé, le directeur artistique des disques Pathé Marconi, l'entend et le prend comme poulain de l'écurie qu'il vient de monter. En 1958, ils créént Scoubidou à brûle-pourpoint, adapté d'un succès de Peggy Lee, pour combler un trou de cinq minutes dans un récital donné au Casino d'Alger. Pour la circonstance, Distel, qui a besoin d'un répertoire et d'un orchestre, a engagé le pianiste Raymond Le Sénéchal qui s'ennuie à la direction de l'orchestre du Club des Champs Elysées. L'excellent guitariste marseillais Paul Piguillem ("mon rival", confiera plus tard Sacha Distel) sera aussi de l'aventure de même que le contrebassiste Maurice Dutrieux et le vieux complice Jean-Louis Viale.

En 1959, Scoubidou connaît un succès discographique phénoménal et lance la carrière de Sacha Distel. Il devient l'une des plus grandes vedettes de la chanson française. Il séduit les familles, un peu perturbées par la vague des yé-yés. Distel, lui, fait autant craquer les jeunes filles que leurs mères. Comme pour Henri Salvador, le jazz se retrouve (parfois) en face B, pour satisfaire un public plus amateur de shows télévisés que de délicatesses stylistiques.

Les succès s'enchaînent : Personnalité, Mon beau chapeau puis Quand on s'est connu, Scandale dans la famille, Monsieur Cannibale, L'Incendie à Rio... La Belle Vie, composée sur une idée de Raymond Le Sénéchal sous le titre original de Marina, lui attire les grâces du crooner américain Tony Bennett qui la crée en anglais. Frank Sinatra, Dionne Warwick et Sarah Vaughan l'inscriront à leur répertoire sous le titre de The Good Life. C'est sous ce titre qu'il en enregistrera à la guitare, en 1968, avec une grande formation, une version instrumentale toute en nuances et emprunte, malgré la lourdeur des choeurs et des cordes, d'une certaine élégance [extrait audio].

Malgré sa popularité, Sacha Distel n'oubliera jamais qu'il appartient au monde du jazz. Vingt ans après le succès de Scoubidou, alors qu'on parlait déjà (un peu précipitamment) de son retour au jazz, il reviendra sur sa "trahison" à la musique de ses vingt ans : "Quand j'ai commencé à chanter, confiera-t-il ainsi à Jazz Hot (n°383), tous mes copains se sont fichus de moi. Il n'empêche que quelques années après, je les ai retrouvés dans des séances de disques pour moi parce qu'il fallait bien qu'ils gagnent leur vie. Et ça, je leur avais prédit dès le début. Il s'agissait d'être réaliste. Nous sommes Français, en France, il n'y a en jazz personne pour montrer quoi que ce soit à qui que ce soit."

SixNeuf

 

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